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2014-10-25T18:31:03+02:00

Manifeste pour le commerce indépendant

Publié par dijon-en-guepiere
Manifeste pour le commerce indépendant

Pour changer des froufrous et dentelle, un article un peu polémique qui veut avant tout être un hommage à mes collègues commerçants du centre-ville de Dijon et d’ailleurs !

  • L’action citoyenne du commerçant

Avoir un beau centre-ville, riche en patrimoine et lieux chargés d’histoire, c’est bien. Vous conviendrez cependant que le cœur battant d’une telle ville réside dans son activité commerciale. Rien de plus déprimant qu’une rue qui arbore des locaux vides dont les vitrines sont peinturlurées de blanc pour éviter d’éventuelles dégradations. D’ailleurs les rues en question deviennent alors rapidement mal fréquentées et parfois dangereuses. Est-ce vraiment ce dont vous avez envie ?

Oui je n’hésite pas à le dire : les commerçants font chaque jour une action citoyenne. Vous ne vous en rendez peut-être pas compte mais nous nous efforçons de maintenir propre le bout de trottoir devant nos boutiques (nettoyer des crottes de chien à 7h du matin n’a pourtant rien de gratifiant, surtout sur un espace public qui ne nous appartient pas). Chaque année à noël nous nous donnons du mal et investissons un budget que vous ne soupçonnez même pas pour faire des jolies vitrines. Vous aimez bien vous promener en ville à noël avec vos enfants et profiter de ce spectacle n’est-ce pas ? Croyez-vous que la dite promenade serait aussi agréable s‘il n’y avait dans les rues que l’éclairage public et les décorations de la ville ? D’ailleurs, à propos d’éclairage, ne pensez-vous pas que celui des vitrines jusqu’à minuit (pourtant couteux) vous rend également plus agréables vos sorties nocturnes ?

  • Fini le mythe du commerçant bourgeois

A cela, j’entends déjà les répliques : « Certes, il y a une action citoyenne mais celle-ci n’est pas purement désintéressée puisque cela permet aux commerçants de vendre plus !».

Oui, en effet, notre travail est le négoce (cela est différent pour les artisans et les restaurateurs mais la logique est assez proche). Je vais vous décrire précisément le mien : je passe du temps à chercher des marques de lingerie que je trouve innovantes, intéressantes, de qualité et encore introuvables dans ma région, je me déplace souvent dans ces entreprises ou dans d’autres villes pour assister à des défilés et faire une pré-sélection des modèles. Quelques mois plus tard je commande ces modèles. Lorsque je les reçois, encore plus tard, je fais en sorte de bien les mettre en valeur, de les valoriser dans une boutique propre, sympathique et proche de chez vous. Vous pouvez alors les essayer dans des cabines d’essayage vastes et chauffées toute l’année et je mets à votre disposition mon expérience et mon savoir-faire pour vous conseiller, parfois plusieurs heures, sur ce qui conviendra le mieux à vos besoins, votre morphologie et votre budget. Voilà mon travail et voilà pourquoi je vous vends ces articles un peu plus cher que le prix que je les ai acheté. Le commerce, c’est ça.

J’ai interrogé les commerçants autour de moi et la plupart (même ceux qui ont « pignon sur rue » depuis des années ou qui approchent de l’âge de la retraite) travaillent plus de 50h par semaine. La plupart également ne partent en vacances qu’une fois par an et souvent pas plus de 10jours. Lorsqu’ils sont indépendants, ils ne prennent jamais d’arrêt maladie et vont au travail même lorsque leur état de santé exigerait le contraire. Saviez-vous également que, lorsque l’on est indépendant, on cotise pour le chômage de la même manière que vous mais que si nous perdons notre emploi, nous ne le touchons pas ?

Connaissez-vous beaucoup de secteurs d’activité avec des conditions de travail aussi contraignantes et qui pourtant ne font jamais grève (d’ailleurs, avons-nous seulement le « droit de grève » ?) ? Beaucoup d’entre vous sont les premiers à soutenir les fonctionnaires ou les agents de transport lorsque ceux-ci font grève pour « défendre leurs droits » mais nous, quand nous défendons les nôtres, j’entends seulement dire que « les commerçants se plaignent ». D’ailleurs, parait-il « ils ne font que ça ! ». Pourquoi un tel mépris ?

Il faut cesser cette vision archaïque du « commerçant bourgeois » qui gagne très bien sa vie et qui n’est pas à plaindre. Dans le contexte actuel de crise, vous seriez surpris de voir le nombre impressionnant de commerçants qui ne se payent pas certains mois, ou parfois moins qu’un RSA chaque mois de l’année. Pourtant, beaucoup de commerces, que la rumeur disait prospères mettent la clé sous la porte ces dernières années et leur propriétaire perds tout ce qu’il possède (souvent même à titre personnel).

 

  • Un commerce vraiment « plus cher » ?

J’entends aussi souvent dire que dans un commerce, les articles sont toujours plus chers que sur internet ou dans des grands magasins. En effet, cela devrait être le cas car, contrairement à un site internet, nous payons un loyer pour le local, un droit au bail (vous ne savez pas ce que c’est ? Renseignez-vous et vous trouverez notre situation déjà moins idyllique), du chauffage pour ce local, de l’électricité, et bien d’autres charges et taxes diverses et variées. Cependant, à ma plus grande surprise, ce n’est souvent pas le cas ! J’ai pour exemple (non isolé) nombre de produits identiques qui sont parfois jusqu’à 30% plus cher sur internet, même sur des sites réputés pour leurs « bonnes affaires ». La vraie escroquerie est là et non dans notre marge de négoce. Je suis même régulièrement atterrée par certains sites bien connus de déstockage qui gonflent artificiellement les prix de vente d’origine pour ensuite afficher une remise à -70%. Moi aussi je pourrais facilement augmenter mes prix de 10% au mois de Décembre pour vous faire une jolie publicité « -10% sur la période des fêtes dans toute la boutique ! ». Je vous rassure, je ne le ferai jamais. J’ai une éthique dans mon travail comme beaucoup d’autres collègues commerçants.

Parfois, oui c’est moins cher sur internet, parfois il y a aussi des frais de port et il n’y a jamais de conseil ni d’essayage possible donc, souvent, vous vous retrouvez avec un article de plus qui encombre votre penderie et que vous ne mettrez qu’une fois ou deux parce que, finalement, il ne vous va pas si bien et vous avez eu la flemme ou l’impossibilité de le renvoyer (à vos frais évidemment la plupart du temps).

 

  • Qu’en est-il de l’emploi ?

Alors que la hausse du chômage est au cœur de l’actualité, n’oublions pas non plus qu’un commerce est une entreprise et parfois une entreprise qui embauche. C’est le premier niveau. Quand on remonte en amont, on constate que beaucoup de commerces indépendants travaillent avec des marques françaises qui, elles-mêmes, ont leurs locaux, voire leur production en France et embauchent plusieurs centaines de personnes. Les PME/TPE sont le premier réseau d’embauche en France ! Il ne suffit pas de s’indigner lorsque des personnes de notre entourage perdent leur travail , il faut relancer l’économie par des achats responsables et réfléchis en favorisant la proximité et les filières courtes. Ensemble, nous pouvons changer beaucoup de choses !

 

  • Moins d’uniformisation pour plus d’humanité

Si votre ville n’abritait que des centres commerciaux et des magasins franchisés, celle-ci en serait profondément modifiée. Déjà certaines petites rues et quartiers de charme seraient désertés et sinistrés car les chaînes de magasins ne s’installent que dans les grandes artères, des valeurs sures.

Dans un centre commercial, il n’y a pas de météo, il y a toujours du soleil (artificiel), toujours de la musique et toujours les mêmes marques. Au même moment de l’année, les vitrines sont identiques à celles des mêmes magasins dans les autres villes de France. Il parait que cela « rassure » le consommateur, qu’il a besoin de repères et de « valeurs sures ». Je le comprends, je vous comprends. Cependant ne pensez-vous pas, qu’à terme, trop d’uniformisation et d’aseptisation va nuire au côté humain de vos courses et relations quotidiennes ? Est-ce que l’imprévu, la découverte de nouveautés et les prises de risque ne font pas partie de la vraie vie ?

Je vous l’accorde, quand je vais faire du shopping en centre-ville, parfois je n’arrive pas à me garer (mais la réalité là-dessus n’est pas aussi catastrophique que l’on le prétend), parfois je n’ai pas de parapluie et je me retrouve trempée à courir rue de la liberté en cherchant à m’abriter, parfois je découvre un magasin que je n’avais encore jamais vu, je rentre et j’ai un gros coup de cœur pour une nouvelle marque. Dans le domaine de la restauration, j’aime me promener dans la ville, regarder les menus à l’extérieur avant de faire un choix. Parfois c’est une mauvaise expérience et parfois une vraie découverte. N’est-ce pas vivre tout simplement ? C’est un plaisir accessible à tous et que nous devrions tous saisir.

 

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commentaires

Buckova 26/10/2014 19:46

Bonjour , j'ai lu avec beaucoup d'attention votre article et je suis entièrement d'accord avec vous.
Je suis dans le même cas que vous aujourd'hui sur la zone commerciale de Quétigny.
J'ai repris un magasin qui vend des salons depuis 25 ans, je me retrouve complètement dans vos propos, j'achète des salons qui sont fabriqués en France et en Europe.
J'ai une éthique aussi concernant la politique commerciale des tarifs cohérents.
Je serai ravis d'échanger avec vous autour d'un verre ?
Vive le commerce indépendant! !
A bientôt
Ludovic Buckova

Stéphanie 26/10/2014 12:53

Dommage, sur le fond je suis bien d'accord avec le fait qu'il est incohérent de commander sur le net et de se plaindre ensuite que le centre-ville se vide de ses commerces indépendants. Je n'ai pas envie de voir des banques et des franchises à la con à tous les coins de rue. Le problème, c'est que l'article débute avec une ode aux commerçants indépendants, catégorie qui représenterait les héros du quotidien. Déjà, là, je suis sceptique. Or, ça continue avec des pleurnicheries sur le sort des commerçants, dont certains, nous dit-on, ne gagnent même pas le RSA certains mois. Ah ben tiens, l'air de rien on tape sur les chômeurs et les soi-disant "assistés". Ce que je trouve assez nauséabond. Du coup, c'est comme avec les taxis et les pharmaciens, j'ai pas très envie de me montrer solidaire avec vous...

Muguet 25/10/2014 20:32

Coucou,

Depuis cet été, je suis en train de faire un vaste ménage dans ma garde-robe. J'ai encore donné des choses aujourd'hui. Des habits que je mettais encore l'an dernier, mais dans lesquels désormais je me sens mal, car ils ne me mettent pas en valeur. Je suis allée à la Toison aujourd'hui, un monde fou, et quelques soldes... Bien je n'ai rien trouvé, je n'étais pas inspirée pour des habits. Idem pour les chaussures... J'ai besoin d'une nouvelle paire pour cet hiver, et aucune de toutes celles que j'ai vues ne m'a emballée (Chausséa et La Halle aux chaussures)... Bizarre, bizarre...

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