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2015-11-17T18:06:38+01:00

Les dessous des dessous

Publié par dijon-en-guepiere

Aujourd’hui, j’ai envie (besoin ?) de vous parler des entreprises qui déstockent de grandes marques sur internet. Vous les connaissez et je n’ai pas envie de les citer ici. Vous êtes nombreux, très nombreux, trop nombreux à acheter un peu, beaucoup, voire démesurément par ce biais. J’en entends déjà certains qui diront avec l’agressivité caractéristique de notre époque « ouais, et alors ? ». Et alors, ce billet n’a pas pour but de vous jeter la pierre. Moi aussi, fan de mode, j’ai déjà succombé à cette tentation et j’en suis revenue.

 

Les sites vous promettent des remises supérieures à -50%, souvent davantage -60% voire -70% et cela se calcule d’après des « prix de vente conseillés en boutique». Je vais vous parler de la lingerie puisque c'est mon domaine. Environ deux fois sur cinq, c’est en effet le cas, le prix est calculé à partir de mon prix de vente conseillé en boutique et ce sont des collections de plus de 2 ans, car tel est le principe du déstockage. Trois fois sur cinq, ce n’est pas le cas. Pour vous donner un exemple concret, l’autre jour, j’ai vu une culotte que je vends en boutique à plein tarif 13€, être bradée à -69% de 32€ soit 10€. Le site vous assure alors 19€ d’économie sur cet article tout en vous facturant cependant 6.5€ de frais de port. J’ai contacté certaines des marques concernées à ce sujet qui m’ont expliqué sans pudeur que les tarifs donnés aux sites étaient gonflés pour justement ne pas faire trop de concurrence à leurs distributeurs indépendants et leurs boutiques (vous comprenez, chère madame, on vous file des coups de pieds mais on voudrait quand même pas vous tuer sinon vous n’arriveriez plus à nous signer de chèques ?) . C’est là que je ne suis pas d’accord. Moi aussi je peux augmenter demain mes tarifs de 30% et vous promettre de vous faire toute l’année -30% de remise ! Quoi ? Je vous prendrais pour des truffes ? Probablement mais, croyez-moi, ça marcherait du tonnerre.

Si un représentant de ces sites était là pour débattre, il dirait probablement qu’ils ne sont pas en mesure de tout vérifier et qu’ils se fient aux informations fournies par les marques. Certes mais qui est-ce qui trinque ? Le consommateur comme d’habitude et les petites entreprises.

 

Ils sont où dans ces cas-là les fervents défenseurs des consommateurs ? Ceux qui hurlent devant ma vitrine dès que les prix ne sont pas assez visibles ou qui scrutent les comparateurs de prix sur leur tablette tout en parcourant les rayons ? M’est d’avis qu’ils ont été aveuglés par l’énorme -70% qui s’affiche devant leurs yeux sur leur écran LED.

 

En outre, il m’est arrivé plusieurs fois de retrouver sur ces sites des modèles de lingerie qui avaient été repris par la marque et enlevés de nos boutiques car ils étaient défectueux. Ces modèles-là sont vendus sans distinction avec des invendus et vous sont généreusement proposés avec 50% de remise. Croyez-moi, pour un article défectueux, c’est encore trop cher. Evidemment, je leur ai écrit pour leur suggérer un petit macaron qui indiquerait au consommateur s’il s’agit d’un invendu ou d’un article présentant un défaut. Pas de réponse. Ca ne m'a pas empêchée d'acheter ma culotte à 10€ au lieu de 32€ alors que j'aurais certainement quitté une boutique en claquant la porte si jamais une vendeuse avait refusé de me répondre et m'avait tourné le dos.

Vous pensez que ces sites sont internationaux et que chaque pays a le sien ? C’est faux. C’est malheureusement un concept franco-français et ce concept marche tellement bien que la France est devenue la poubelle des invendus de toute l’Europe. Toutes les marques de tous les pays envoient les invendus en France pour qu’ils soient écoulés par ce biais dans les ménages français. Ces pays protègent ainsi leur économie locale et leurs commerces. Grand bien leur fasse, moi j’ai eu ma culotte à 10€ au lieu de 32€.

 

Quand j’ai découvert le principe il y a quelques années, j’ai été tout de même étonnée que celui-ci soit autorisé alors que, moi-même, j’ai une interdiction de vendre en deça de mon prix d’achat, même de très anciennes collections, sauf en période de soldes. Or, sachez-le, les tarifs affichés sont parfois en dessous de mon prix d’achat. J’ai donc mené ma petite enquête et, en effet, ils sont également tenus par la même législation que moi et ils la respectent car leurs tarifs d’achats sont très inférieurs aux miens. A l’instar de la grande distribution, ils mettent donc probablement la pression sur les marques pour obtenir des prix toujours plus bas et les marques sont bien obligées de suivre car certaines sont devenues littéralement dépendantes de ces sites au point que si ces sites ferment, elles font faillite. Comment en est-on arrivé là ? Imaginez-vous avoir un savoir-faire français unique au monde dans le secteur de la corseterie, un réseau de distribution dans toute la France, une entreprise centenaire qui a fait ses preuves et devoir se plier aux exigences d’un site internet bas de gamme pour subsister. J’ai du mal à comprendre la logique, mais j’ai eu ma culotte à 10€ au lieu de 32€. Trop cool.

 

Toujours est-il que, pour se plier aux exigences de prix bas des sites de déstockage tout en survivant, les marques baissent les coûts de fabrication. Au cas où vous ne le sauriez pas encore, un prix bas signifie dans 90% des cas que, quelqu’un, dans la chaîne de consommation, a été lésé. Soit vous, les consommateurs, avec un produit de qualité bien plus basse que vous n’auriez pensé. Soit les distributeurs qui ne feront aucune marge sur le produit bien que tout travail devrait mériter salaire. Soit les marques qui doivent alors licencier des employés ou délocaliser leurs lieux de fabrication (tiens donc, on en revient au chômage, vous pensiez encore qu’il n’avait rien à voir avec votre mode de consommation ?). Soit en bout de chaîne, les fabricants qui devront, pour être compétitifs sur les prix, employer des enfants, baisser les salaires, ou encore faire travailler leurs employés 7 jours sur 7, 12 heures par jour.

J’ai eu ma culotte à 10€ au lieu de 32€. Toujours ça de gagné même si cette victoire commence à avoir un goût un peu amer.

 

Les commerces ferment dans les villes, les vitrines vides sont recouvertes de peinture blanche et les devantures deviennent des lieux de squat. Vous avez vraiment envie de vous promener avec vos enfants dans ce genre de rues désertes et sinistres ? Vous aimiez bien finalement le temps où il y avait des jolies vitrines de noël à regarder, des gens sympas et compétents avec qui discuter de tout et de rien quand vous en aviez envie ? Et puis, parfois, ça dépannait bien. Des gens de votre famille sont licenciés ou ne trouvent pas de travail dans des entreprises en France ? Tous des cons ces patrons, c’est bien connu.

 

Le changement ça commence par vous, les consommateurs. Il ne faut malheureusement pas attendre grand-chose des grandes entreprises ou des politiques.

 

Mais bon, moi tout ça, je m’en fous, j’ai eu ma culotte à 10€. Tiens d’ailleurs je vais filer les 22€ que j’ai économisés à une association à noël, parce que, quand même, il faut penser aux autres….

Les dessous des dessous

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commentaires

Ana 26/07/2016 21:54

Après avoir lu votre article je vais immédiatement supprimer mon appli VP. Je fais partie de ces gens qui regrettent leur centre ville ... Merci

J-F Piquet 18/11/2015 11:05

Article très pertinent, il est bon en effet que chacun se rende compte que le choix inconditionnel du "plus petit prix" a nécessairement des incidences sur l'économie en général et par voie de conséquence sur l'emploi. Je fais suivre auprès de mes contacts ; faites-en autant.

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